Le choix entre bastaing et madrier ne se réduit pas à une question de section. La classe de résistance mécanique du bois, souvent absente des fiches produit en négoce grand public, conditionne la portée admissible et l’entraxe bien plus que l’essence seule. Nous détaillons ici les critères techniques qui orientent réellement la décision sur chantier.
Classe de résistance C18, C24, C30 : le critère que les fiches produit oublient
Un bastaing en épicéa classé C18 et un bastaing de même section classé C24 n’autorisent pas la même portée libre. Les abaques de solivage pour planchers d’habitation sont calculés sur la base du C24, conformément à l’Eurocode 5. Utiliser du C18 sans recalculer impose de réduire l’entraxe ou de limiter la portée.
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Le marquage CE apposé sur chaque pièce (ou mentionné sur le bon de livraison) indique cette classe. Nous recommandons de la vérifier systématiquement avant achat, car deux pièces de même essence peuvent relever de classes mécaniques différentes selon la qualité du tri effectué en scierie.
En pratique, le douglas et l’épicéa de pays atteignent couramment le C24. Le sapin blanc se situe plus souvent en C18. Le chêne, utilisé en madrier pour des reprises de charge ponctuelles, peut atteindre le C30, mais son coût et son poids le réservent à des cas précis.
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Bastaing ou madrier : sections courantes et usages porteurs
La distinction normative est simple. Le bastaing présente une section comprise entre 55 et 65 mm d’épaisseur pour 155 à 185 mm de largeur. Le madrier démarre au-delà de 75 mm d’épaisseur, avec des largeurs allant de 200 à 250 mm.
Cette différence de section détermine directement la capacité portante et l’usage structurel adapté.
Bastaing : solivage et contreventement
Le bastaing reste la pièce de référence pour le solivage de plancher en habitation. Une section courante de 63 x 175 mm en C24 couvre la majorité des configurations de plancher avec des portées modérées et un entraxe standard. Il sert aussi de linteau provisoire, de support de coffrage ou de contreventement temporaire.
Madrier : charpente, mur porteur bois, chalets
Le madrier intervient là où la reprise de charges est plus lourde : pannes de charpente, poutres de rive, murs de chalets empilés. Son épaisseur supérieure apporte aussi une meilleure isolation thermique dans les constructions en bois massif empilé, ce qui explique son usage systématique dans les maisons en rondins ou en madriers.
Essence de bois pour bastaing et madrier : douglas, sapin, épicéa, chêne
Le choix de l’essence ne se limite pas à la résistance mécanique. La durabilité naturelle face aux champignons et aux insectes, la densité (qui impacte la manutention) et le prix au mètre linéaire entrent en jeu.
- Douglas : naturellement durable (classe 3 d’emploi sans traitement), bonne résistance mécanique en C24. Adapté aux pièces exposées en extérieur (balcons, terrasses sur solivage) sans traitement autoclave. Prix légèrement supérieur au sapin.
- Épicéa / sapin du Nord : le standard du marché pour la charpente et le solivage intérieur. Nécessite un traitement classe 2 minimum pour un usage en intérieur protégé. Rapport qualité-prix le plus compétitif. Le sapin du Nord, séché en étuve, présente une stabilité dimensionnelle supérieure au sapin blanc de pays.
- Sapin blanc de pays : disponible localement, souvent en C18. Convient pour des usages non porteurs ou des portées courtes. Moins stable que l’épicéa du Nord si le séchage n’est pas contrôlé.
- Chêne : réservé aux madriers de reprise de charge ou aux projets patrimoniaux. Durabilité naturelle excellente, mais densité élevée qui complique la mise en œuvre. Le prix du chêne en madrier peut représenter trois à quatre fois celui de l’épicéa à section équivalente.

Dimensionnement selon l’Eurocode 5 : ce que les règles de l’art ne suffisent plus à couvrir
Les projets neufs et les rénovations lourdes relèvent désormais de l’Eurocode 5 et de la norme NF EN 1991-1-1 pour les charges d’exploitation. Les anciennes « règles de l’art » ne constituent plus une base de calcul suffisante pour justifier un solivage auprès d’un bureau de contrôle.
La charge d’exploitation standard pour un plancher d’habitation est fixée par la norme. Le dimensionnement croise cette charge avec la classe de résistance du bois, la section de la pièce et l’entraxe. Un madrier surdimensionné en section mais sous-classé mécaniquement ne passe pas forcément le calcul.
Nous observons régulièrement sur chantier des bastaings achetés au détail sans vérification de la classe mécanique. Le risque : un plancher qui respecte visuellement les sections habituelles mais qui flèche sous charge parce que le bois est classé C18 au lieu du C24 prévu par l’abaque.
Vérifications avant commande
- Exiger le certificat de classement mécanique (visuel ou machine) auprès du négoce
- Contrôler le taux d’humidité à la livraison (un bois trop humide perdra de la section en séchant et verra sa résistance réelle baisser)
- Recalculer l’entraxe si la classe disponible est inférieure au C24 prévu par le plan
Traitement et classe d’emploi : adapter la protection à l’exposition
L’essence détermine la durabilité naturelle, mais la classe d’emploi définit le niveau de traitement nécessaire selon l’exposition à l’humidité. Un bastaing de plancher intérieur ventilé relève de la classe d’emploi 2. Un madrier de balcon ou de débord de toiture passe en classe 3, voire classe 4 en contact direct avec le sol ou l’eau stagnante.
Le douglas accepte nativement la classe 3 sans traitement autoclave, ce qui en fait le choix logique pour les pièces de structure exposées. L’épicéa et le sapin exigent un traitement pour tout usage au-delà de la classe 2.
Un madrier chêne en classe 4 naturelle reste pertinent pour des seuils, des pièces enterrées ou des ouvrages hydrauliques, mais son poids et son coût le cantonnent à ces situations spécifiques.
Le choix final entre bastaing et madrier se joue donc sur trois axes simultanés : la section nécessaire au calcul de portée, la classe mécanique réelle du lot livré, et la durabilité de l’essence face aux conditions d’exposition. Ignorer l’un de ces trois paramètres, c’est dimensionner à l’aveugle.

